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Full text of "Suite des observations sur le plan de constitution, présentées par A.H. Wandelaincourt"



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http://archive.org/details/observatOOwand 



CONVEN T 1 Q N N A T 1 O N A I. E. 



SUITE 

DES OBSERVATIONS 

SUR LE PLAN 

DE CONSTITUTION, 

PRÉSENTÉES 

Par A.-H. WANDELAINCOURT, 

Député du Département de la Haute-Marne; 
Imprimées par ordre de la Convention National** 



De la Guerre, de la Difcipline militaire & de la Nomination 
aux places. 

A e l eft le malheur de la nature humaine que la force des 
baïonnettes eft fouvent nécefTaire pour défendre fes droits les 
plus Cacrés. Un peuple ne peut faire la guerre que pour fe dé- 
fendre y &, quand Momefquieu permet la guerre offeniîve, il eft 

A 



(') 

aifé de voir que, dans le fa»; dont il parle, clic eft réellement 
dl f .-Mîîve. Le droit de prendre Jes armes dérive de la njceflité de 
ndre de l'opprcfiion. Lc.« lois Cet tiens font aulli invariables 
que celles de la n turc ; $i comme le droit naturel roule fui e 
principe ii connu, ne faites à autrui que ce que vous voudriez 
qu'on vous fît , le droit des gens cft principalement fonde fur le 
même <2* fur celui-ci, qui les diverfes nations doivent fe faire 
dans la paix le plus de bien, & dans la guerre le moins de 
mal qu'il efi vofftble , fans nuire à leurs intérêts véritables. En 
un mot, les lois des gens ont toujours pour objet la confervation 
de chaque Etat, comme celles de la nature tendent toujours à la 
confervation de chaque particulier* Tout ce qui fe rapporte à la 
confervation de l'état efi: jufte, & tout ce qui ne s'y rapporte pas 
eft une infraction de la loi des gens. Les lo ; s des gens ne dif- 
fèrent des lois naturelles que du coté des moyens qu'elles em- 
ploient pour arriver au même but. Celles-ci veillent au bien & à 
la confervation de chaque particulier, cclles-la regardent unique- 
ment le bien & la confervation de civique état. Les locietés ci- 
viles font eritr'ellés, comme le r > particuliers ctoient à l'égard les 
uns des autres avant l'établiffemcnt des états, Par confequent , 
les nations peuvent faire ufage de leurs fores pour fe défendre & 
fc conferver, puifqu'avant l'établi Cernent des fociétls, chaque 
particulier pouvoit employer les tiennes contre les autres pour fa 
confervation. Mais elles ne peuvent rien de plus, parce que l'ctaf 
civil fuppofe l'état primitif d'union &: de fociété avec tous les 
Tapporf* de confiance que cet état renfermé 1 , & qu'il n'y a que le 
fcul motif de fa confervation qui puilTc autorifer une fociété à fe 
départir de ce principe. 

La droite raîfon, qui engage les particuliers dans l'état de. 
nature à céder une partie de leurs droits pa: des conventions ré- 
ciproques pour fc procurer h paix. Fait aufll connoître auxpeuplçs 
fouveruins que, pour vivre en paii avec leurs 



( 3 ) 
«qu'ils cèdent une partie de leurs droits, & aient recours à des né- 
gociations & à des traites. 

De même les règles de prudence que chaque particulier doit 
obferver pour administrer Ton bien & pour concilier fes intérêts 
avec fon prochain , font au m* les règles que les autorités fouve- 
raines doivent fuivre'dans leur politique ; & de même que Ton 
condamne dans un particulier la rufe qui lui fait chercher fon propre 
avantage au préjudice des cintres, la fineflc ne feroit pas moins 
condamnable dans les autorités, fi elles cherchoient à procurer 
l'avantage de leur Republique, en faifant tort aux autres. 

Il n'eft pas plus permis de fe battre pour la g'oire des nations , 
que pour celle d'un particulier j & le Tribun qui exciterait une 
guerre pour aggrandir fa patrie , ou lui faire rendre des honneurs 
fur des mers inconnues, ce Tribun-là n': feroit guères moins 
coupable que le Sardanapale dont îeaindigeftions troublent le repos 
de la terre, 8c qui ligne, au fein de la volupté, des arrêts de mort 
contre des milliers d'hommes. Un fage républicain ne doit afpirer 
qu'à la confervation de fa liberté. 

Le philofophe gémifïoit de voir couler des fleuves de fang pour 
la propriété de quelques arpens de neige, ou parce que le cochsr 
d'un ambafîadcuravoit pris le pas fur un autre. L'a..bition, qui prend 
toutes fortes de formes, change de langage dans une République» 
Un républicain allègue la mjrjeité de la nation, la gloire qui lui 
reviendroit de foumettre les autres peuples aux lois falutaircs qui 
l'ont régénérée. Il déclare aux peuples voifms qu'ils font libres & 
indépendansj mais qu'on les traitera néanmoins en ennemis, s'ils 
s'avifent de vouloir être libres d'une autre manière que tous fes 
concitoyens. Il fait dire aux peuples du Monomotapa qu'ils 
peuvent, fous là protection de fa patrie, fecouer le j mg de leur 
tyran. Et au milieu de tous ces rêves philantropiques , l'homme 
fenfible voit toujours la terre dèraftee , les arts enfevelis, la fource 
îles générations tarie, l'eipèce humaine mutilée, môiffonriée hUi& 

A » 



( 4 ) 
la f c.ir. Sachons enfin que les rôles d'Hercule & de dom Qui- 
chotte ne font bons que dan» les fables & les romans. Ne defyo- 
tij rij pbinit b liocrtc : elle n'eil pas un fruit mûr pour tous les 
pays. Il ne fuffit pas, dit Mibly, d'ordonner à un peuple d'être 
libre p^ur qu'il le (bit. Vu peuple qui, fbtlS la protection de fes 
canons, aggrandtroit Ion empire p.:r ies Coffrages libres de Tes 
voiûns, ne pai >îtrort giières moins ambitieux, que ces republiciins 
qui fc raiibient Léguer des villes & des provinces. 

Suppofons une grande nation, dont le gouvernement portât 
l'empreinte d'une bienveillance ur.iverfcllc , qui ne vit p.ir-tout 
qne des frères & des égaux, qui rcfpedât les bis, les habitudes, 
jufqu'aux pr.jufés des autres peuples , une telle nation n'auroit 
jamai> rien à craindre pour fa liberté. 

Mais enfin en cas d'une a^grefîion injufte , il cft befoin d'une 
armée difeiplinée & endurcie «à la fatigue. Les anciens avoient un 
art déformer les corps, que nous avons perdu. Le.- généraux romains 
tenoienl toujours leurs foldats en haleine» Quelquefois ils les char- 
•geoient de tout l'attirail d'une armée a 5: faifoient perter à chaque 
ioldat du blé pour trente jours 3c fept pieux (i). D'autres fois ils leur 
faifoienl détourner des fleuves, conftruirc des Hottes navales . ' 
exerçoient tellement à la fatigue, qu'il-, demandoienî la bataille 
comme la fin de leurs peines: & te qu'il y a de remarquable, c'eit 
que les omViers ne fe diAiwguoicnt des autres foldats que par une 
plus trrmde afiidutc au travail, de qu'ils donnoient par tout 
l'exemple de ce qu'ils ex'^eoient des autres. De tels hommes s'ac- 
climatoient partout j au lieu que ries armées, qui patient de l'oi- 
fivcté au travail, fe fondent, pour ainli dire, dans une feule cam- 
pagne . fans avo ; r quelquefois lire l'epee. Il r©n\ iendroit d'imiter 
les Romains , Se d'exercer nos fbldits a des travaux publics. N I 

(ij i. E dfl 1 iwiui , Jiv:f [ ;. 



( » ) 

ports, nos grandes routes, nos fortifications, nos manufactures 
nationales offriraient des moyens utiles de les endurcir. Leur 
fdlaire pourroit être alors augmente : la nation y gagneroit faua 
tous les rapports. 

L'éducation militaire des foldats romains étoit un apprentiffage 
dobéiffance à leurs chefs. Un général faifoit mourir fon Hls qui 
gvoit vaincu fans fon ordre. Xenopiion loue extrêmement l'action 

d'un oiricier, qui, ayant le bras levé pour Frapper l'ennemi , dès 
qu'il ctlt entendu fermer la retraite , s'arrêta tout court, regardant 
ce fignal comme une defenfe de p.ilTer outre (1). Un ordre mer- 
veilleux regnoit dans de telles armées. La févérité de la difcipline 
militaire tenoit lieu de haie &c de clôture. On ne voyoit point de 
marodeurs. 

Flulîcurs penfent qu'on ne peut mieux ceniier la nomination aux 
grades militaires qu'aux foldats, qui , ayant toujours les yeux ou- 
verts les un» fur les autres, favent très-bien s'apprécier. Nous 
conviendrons volontiers que cette voie là peut être très-falutairc 
dans des temps de révolution, où il fauî des hommes exempts 
même de tout foupçon. Mais, dans d'autres temps, elle cauferoit 
infailliblement la ruine de la dïfcipîine militaire. Quel refpeét, 
quelle fubordination peuvent infpirei des chefs ainiï dépendaus, 
& qui, accoutumés à regarder les foldats comme la fource des 
grâces, de viendr oient leurs flatteurs Scieur écho? Chez les Romains, 
les confuls nommèrent d'abord lous îeb tribuns militaires ; mais , 
quoique dans la fuite, le peuple le fut nfervé le droit d'en nommer 
quelques-uns, il avoiî quelquefois la modération & la fage iTe de 
renoncer à fon droitj & d'abandonner entièrement ce choix à la 
prudence des confuîs ( Tite-Live, hv. /2,71 e . 37 ). Il paroît con- 
venable de partager cette faculté entre les généraux 3 le pouvoir 



tij Xtnoul.iji, tu; 1; Circp. 

a? 



f * ) 

executif & [es fbldats. Par-là on entretiendroit l'émulation fini 

nuire à li difciplitie. Il eft bon que le poir n'.r exécutif nomme k 
quelque* grades militaires : u:- pouvoir, qui n'a aucune grire a 
accorder, n'eit pa> loin du mépri . 

D:s Peines. 

Quel fpe&acle humiliant pour la nature humaine, qu'il faille 
des échafauds , des gibets , pour faire régner l'ordre & les lois, fans 
lcfquels il n'eft point de bonheur! L.i Fréquence des fupp 
n'annonce pas feulement la dépravati n des peuples, mais plus 
encore celle du gouvernement. Ce terrible remède ne Lit que 
prolonger le mal , & infpirer la fôifdu f&:\j. La vue continuelle 
des combats des gladiateurs rendit les Romains extrêmement Fé- 
roces; & la philof phie a déjaobfervé que cette durcie, que nous 
trouvons dans les habitans de nos colonies, ne provient que de 
l'ufage continuel des chitimens fur une malhcureufe pmie du 
genre humain. Des hommes accoutum 1er de la nature hu- 

maine dans la perfonna de leurs e r ; laves , ou à repaître leurs yeux 
du fpectacle effraya ] des fuppllces , n luma- 

nite' , ce fentiment précieui oui rép nd d( i I - -les. 

D'un autre côté, l'impunité des ci inc des II- publiques. 

Le tyran , qui veut affervir fes i on< itoyéns , s'eflor c de les rendre 
pi es, parce qu'il fait qu'il Faut des m; ins pures pour oosferv et le 
f, i tacré de la liberté. Qi? faut-il donc. fur. ? Multiplier le- leçons 
de la no raie , porter des lois vertueufes Les, & fur- 

tout s'appliquer à rendre le peuple heur,:'. !. isère & la 
pauvj i qui ne faur oient d ifublimes, I 

dans ' ' m des : ; unme ; la fource « s & des ci 

Légifiateurs ! que I portent l'empi nveillance 

&: de la philancropie ; qa el es - : réveillent ni haine ni efpril de 
pam- qu'elles offrant des xeJTources & des confohtions aux mal- 



( T ) 
heureux. Alors vous aurez donne à tous un grand intérêt de les 
obferver. Mais fi ces lois font dictées p:ir l'efprit d< parti j, fi, en 
fepprimant les caftes, elles frappent incliftinérjemcnt tous les indi- 
vidu» qui leur appartenoient j îi elles ét'blificut des excluions hu- 
miliantes, immorales; fi elles otgani fent les jalouûes & les riva- 
lités jfi elles confondent une iimp'e indiscrétion avec le crime- 
alors elles foppent toutes les vertus fociales , elles alimentent 
les pallions atroces, elles éteignent tout eiprif de juflice & d'hu- 
manité. 

Quand une éducation heureufe , quand des lois bienfaifantes 
auront rétabli l'empire des vertus , alors , Légiilateur's , aboliiTc/ la 
peine de mort. On né doit faire mourir, dit J.- J. , que celui qu'on 
ne peut cohferver fans danger; & les médian: feront alors peu 
nombreux & très-faciles à ramener à la vertu. 

Des Cdnfeurs. 

Il y avoit dans hs ancienne. Républiques des magirtraés des 
mœurs , qui en étoîent,-en quelque forte , les gardiens. Ces répu- 
blicains fi voient que les bonnes mœurs veillent , pour aitifi dire , 
comme des féntîhelfes devant les lois, & empêchent qu'en n'ofe 
même fongeràles violer; que lés ïriâûvaifes mœurs , au contraire, les 
font tomber dans le mépris! « La grande différence que Licùrgue a 
» mif« entre Lacédémone & tes autres cités, dit Xcr.cnhon, con- 
» fifte en ce qu'il a fu;-tout rendu les citoyens attaches à leurs 
» loi.-, qu'ils courent lorfqùe le magùtral ^c> appelle; mais à 
» Athènes, un homme riche feroit au défefpoir que l'on crut qu'îj 
» dépendît du Magiftrat ». Cette diSérenCe \ toit fondée fur la 
divcriité des mœurs. 

11 feroit donc bon d'établir parmi nous cette ancienne ina- 
giftrature. Les cenfeurs feraient les protecteurs v:. - 4 -« r ~ ; les , 
leurs foliieiteurs auprès des tribunaux ; ils \ :: r ièrft à l'exé- 

A 4. 



(• ) 

cation des loix fomptuaircs , fî nécefTairefl pour nourrir les vertus 
républicaines; car le luxe ruine les répnbliqaef , & tend à dé- 
truire l'un é parmi les peup^s. Ils anroient rinfpcction fur les 
mœurs K fur l'cduca'.ion de la jauneffj ; &, comme il importe 
que ces magirtrats foient environnés de reftime & de la confiance 
aie, il fjudroit , comme à Lacedémonc, les choifir parmi 
les vieillards les plus vénérables. Qu'on ne s'imagine pis que je 
veuille autorifer la délation; je pente, au contraire, que l'ef- 
pionnage ne fert qu'à avilir toutes les ames , en foumettant les 
hommes les plus honnêtes a la méchanceté des plus lâches & des 
plus abominables. 

Je place dans le même rang ces dénonciations vagues Se 
fouvent calomnieufes contre les magirtrats. Quel moyen refte- 
t-il pour faire obfcrver les loix, quand les autorites font avilies? 
Si c'eft un devoir de dénoncer les traîtres & les prévaricateurs, 
il n'eft pas moins inftant de réprimer cette dangereufe manie , 
qui ne peut que perpétuer l'anarchie , en verfant la haiee fur 
les magiftrats. Le peuple le plus léger, le plus capricieux de la 
Grèce , les Athéniens en furent tourmentés. Auffi leur gouver- 
nement , mobile comme L'élément qui L'environnait , ne fc fou- 
tenoit qu'ai milieu des orages. D <s Sparte libre & vertueufe, 
les dénonciations étoient rares. Un peuple , qui ne pcrmctto't 
ras même a un homme fans mœurs & fans probité, d'énoncer 
fon opinion furies affaires publiqies, étoit bien loin d'aban- 
donner la réputation de fes magiftrats à cette forte de gens , 
qui ne peuvent fervir l'état , ni (buffru qu'on le ferve. Il faut 
donc donner à l'accufc le droit de pourfuivre fon dénonciateur 
devant les tribunaux. La peine du talion , la p;ir..tion des dro : ts 
de citoyens, la flétrifîure font dues au calomniateur: car.. ii on 
punit un voleur , on doit, à plu* forte raifon, punir celui qui 
porte atteinte à la plus piécicufe de toutes les propriétés de 
l'homme , fon honneur. 



{>) 



Des moyens de maintenir fans altération le gouvernement & 

les loix. 

Les révolutions font oublier les loix - y dans les cirtonftances 
mêmes les plus favorables, les loix d'un gouvernement libre ne 
s'aftermiflent qu'avec peine ; parce que la liberté rendant les 
efprits plus tiers Sz plus entrepren&ns , excite toujours quelques 
orages. D'un autre coté , le falut du peuple , qui eft la loi fu- 
prême , commande quelquefois des mefures extraordinaires. Ces 
moyens , qui font hors de la loi , ne font pas fans danger , parce 
qu'il eft très- rare que les peuples qui y ont recours, aient le 
fang- froid néceffaire pour s'appercevoir de la fcouiTe qui a 
ébranlé l'édifice politique. Le defpotifme feroit confommé , fî 
ces vues extraordinaires éloient changées en voies ordinaires de 
l'àdmîniftratîon. Les remèdes qui conviennent aux malades , ne 
doivent pas devenir la nourriture ordinaire des hommes en 
fan té. 

Il faudrait donc une loi fondamentale, qui ordonnât la revï- 
fîon du gouvernement à la Hn d'une révolution ou d'une guerre. 
On féru qu'on doit faire di^>aroître , à cette époque , toutes les 
loix de circonftance , celles fur-tout qui portent l'empreinte de 
la violence. On ne doit pas proroger davantage les juftices ré- 
volutionnaires : elles reiTembleroient trop aux commiflions du 
defpote Richelieu. C'eit aux tribunaux ordinaires à juger les 
délits. Ces juiticcs révolutionnaires , qui devroient être à la ntf=- 
minai ion de tous les départemens , ne doivent jumais fiéger dans 
les grandes villes , ou l'efprit de parti , plus actif qu'ailleurs , 
peut les influencer. La permanence des fections doit ceffer a la 
paix. Il s'y rencontre toujours de ces vorifer iteurs inquiets, qui 
ne ceOTent de propofer des innovations , d'entraver la marche 
des loix, &c. N'oublions pas que le peuple le plus fp>rituel de 



la Grèce , celui d'Athènes, ne dut fes fottifei & tes écart-, qu'à 
lu. faible raifon de les robuites motionnaires. « J'aurois, fui , 
» comme néceiïaîrement mal gouvernée , dit J. .T., une R 
» blique? ' t ou le peuple, croyant pouvoir fe p.. fier de le* 
» giftratSj ou ne- leur laiflèr qu'une autorité précaire , auroit 
y> imprudemment gardé L'adminUtratiqn des affaires civiles & 
» l'exécution des loii ». 

Suppreffion de grand nombre de municipalités. 

Il ne faut point multiplier en vain les rcfToris de l'état Le 
gouvernement s'afloiblil & fe relâche , dit J. J. , a mefure que 
les magiftrats Ce multiplient. L'autorité en cil moins refpeltée & 
moins active. Il fururoit donc d'une municipalité par canton, 

& dans chaque village un maire & un procurer de commune 
po*r régler provifoireinent les affaires juiqu'a la décilion de li 
municipalité , dont ils ne feroient que les organes. 

NéceJJiié d'ùrganlfer l'éducation en même-temps que la cor.f- 

titution. 

Les états les plus florilïàns & les plus heureux ont toujours 
été ceux dont la jcuneîTe avoit reçu la meilleure éducation. Les 
fiècles grolfiers & ignorans furent dans tous le.* tems , les iieclcs 
des plu? grands vices & des défordres les plus deftrufteurs ; 
parce que le bonheur du corps de l'état dépend de la manière 
dont chaque membre qui le compote remplit fes obi 
6: que les fonctions des parti âliérs fe reffentent des vertus ou 
des vices ; des lumières ou ai ï'r^iorW'e J qui font loti 
les fuites de leur éducation. 

Aîiffi tous les habiles légiflateurs bnt^ils reg »nhe édu- 

cation comme le otoyett le plus fur de rendre une République 



( Il ) 

fiable & florifTantc. fis ont pcnfc qu'il ne falloit p?s abandonner 
à la volonté des , ireris , la culture de ceux dont ils étoient les 
pères j mais qu'il étok nece flaire , eue la nation , à laquelle ils 
dévoient leurs travaux & leur indufrrie , fe chargeât de ce loin. 
En çonféquence , l'éducation publique à toujours paffe aux yeux 
des fa^es pour une affaire d'état, une affaire du premier ordre, 
de la plus haute considération , & la plus capable de contribuer 
à la gloire des Républiques Se au bonlieur des peuples. 

De-la L'origine de l'éducation publique , qui foumet tous les 
membres d'un même état à une difeiplinc uniforme, <Sc propre 
à leur Infpirer de bonne heure l'amour de la patrie , le refpcft 
po*ur les loîx de la nation , le goût des maximes du lieu ou 
ils doivent vivre , les vertus qui élèvent l'ame , qui L'affermHTent 
dans la pratique constante du bien, & la portant vers la féli- 
cité publique , but unique de tout bon gouvernement, «Se auquel 
toutes les volontés doivent être fubordonnées. , 

Aufll les anciens conquérant ne trouvèrent-ils pas de moyens 
plus efficaces , pour couferver leurs conquêtes , que d'infprrei 
aux peuples qu'ils avaient vaincus le goût de leurs loix, de leurs 
moeurs, de leurs ufagesj que de leur faire faire pour cela les 
Bjêmes études, & de leur donner la même éducation. 

C'cft faute d'avoir employé ces moyens que Clr.i ri e magne ne 
put jamais, dans l'elpacc de trente ans, fubjuguer les Saxons; & 
ce fut en les pratiquant que Jules CéTar Ht adopter par les Gaulois, 
dans un très-court efpace de tems , les loix , les coutumes, l'ha- 
billement Se même les fupe rimions des Romains. Il leur avoit 
donne des écoles pour les Sciences dans pMeurs villes , comme 
Autun , Lyon, Bordeaux, Marfeille. Dès-lors ces deux peuples 
l'allièrent communément enfcmble par des mariages, parageoient 
entr'eux les dignités de l'Empire & les commandemens de l'armée, 
& fe rcgiiïbieut par le même code de loix Romain.*. La langue 



( u ) 

devint infeniiblemçnt la langue de la religion, des tri- 
bunaux , de h jufticc . ie des p . 

Ccpen int les r ta de leurs pères, 

les (j.iulois, d érèrenl ic eux. Le 

les corrompit j 1 s liens qui les unifloient, fe relâchèrent par la 
n des moeurs] & ai -loi - peuples furent en 

bu, aux diuentîoris , aux ions, à 1 - anarchie, 

& furent opprimes par des na ion saie i poliffees qu'eu. 

Notre Fnrce r.c reprit fon premier luftre qu'en revenant aux 
premiers moyens. On releva les croies; t\- , à mefure que l'édu- 
cation s'affermiffoit, les mœurs fe réformoient, & l'ordre rcp. 
avec tous les avant ges <-] û l'accompagnent par-tout. 

Mais, mallie ureufement, dans le temps qu'on s'oc< upa le 
férieufement de cet objet , les circonftances ne furent i 
râbles, et les écoles trouvèrent des préjugés établis qni tes 
jubilèrent. La langue naturelle des Français n'éioit plrs alon 
qu'un jargon informe Sz fans lois, abandonne a la populace, Se 
relégué dans les c-r.tons les plus grossiers. Tel fut l'effet de 
l'éducation d'avoir fait perdre à un peuple antique l'uf^gc de fa 
langue maternelle , pour prendre celle de Tes conquérant ! Le 
vulgaire romain , latin barbare <Sc corrompu , etoit le langage do- 
minant. Les difeours publics, les ordonnances des princes, les 
arrêts des cours fouveraines, les actes publics, tout cioit conçu, 
dans ce langage corrompu. Ce qui acheva de le maintenir fut 
encore l'éducation. Car alors il n'y avoit que les eccléûaftiqués 
qui fe mêlafient de l'enfeigncmcnt \ toutes le* écoles étoient 0n 
dans lc> c tthédrales ou dans les marc , Se perfonne n'y venoit 

étudier, a moins qu'il r.c . r c deftinat a la cUricature. Par con- 
fequent , comme le latin étoit la langue de Péglife, U que 
glife tenoit les écoles, il ne paroîtri pas furprenant que I 
cation n'ait été alors que HKtnacnalc , qu'une inftitution où l'on 
«itrctciioii h jeuncflc dans IBC U pixitujdhé qui der^ 



('3 ) 

l'imagination, qui amolîiïoit le cœtir, qui tenoit toujours l'homme 
dans les efpaces imaginaires, le po toit a négliger les devoirs les 
plus effentiels , qui lient l'homme à l'homme, & lui faifoît ou- 
blier ces fublimes maximes qui nous apprennent que nous devons 
à la focîété le tribut de n^s talens , de toutes nos facultés, de 
tous nos momen* , de not:e vie même. De-là les ténèbres, les 
maux qui couvrirent la France durant une fi longue fuite de 
fiè-les. Pendant ces t<"m$ malheureux h langue latine étoit pref- 
que le feul objet des éludes. L'hiftoirë , la Faîne logique , la 
pure morale , la véritable phynque , la jurifprudence , Tarrrono- 
mie , les mathématiques mêmes étaient enfevelies dans un oubli 
fur.elte ; ou , fî l'on enfeignoit quelques-uns de ces objets inté- 
reirans , c'étoit d'une manière fi feche , fî triviale , fi rebutante, 
que peu de perfonr.es avaient le courage de les étudier. Tout 
ce qu'on en retiroit étoit noyé dans une foule de difcuiîions inu- 
tiles, & renfermé dans des cayer^ volumineux, où tout fe réduifoità 
des diiputes gro!uères , à des recherches chimériques , à des 
fables puériles , qu'on chargeoit de mille termes barbares, vuides 
de fens , ou tout fe pefoît fur des autorités alléguées & admifes 
fans examen & fans critique. Tout ce qui paroiffoit indéfiniiTable, 
on le fai/ilToit avidement , on l'agkoit avec chaleur , on foutenoit 
le pour Se le contre , on attrquoit avec aigreur, on fe defendoit 
de même , & on firiiToit prefque toujours par s'entre-perfecuter, 
fouvent même l'état en étoit er.fanghnté. Pcrnicieufe manière 
d'erifejgner & d'apprendre ! lire n'étoit propje qu'à faire des 
ignorans jJréfomptueux , des hommes inutiles, vains, fuperfticieux, 
entêtes, cruels; qu'a corrompre les générations futures, 

Ces défauts ctoient trop viables & trop funeftes , pour ne pas 
toucher les hommes vraiment patriotes. De-la cette multiplicité 
d'écrits propres à ies rectiher , & ces recherches férieufes , qui 
ont enfin produit d'heureux change mens dans la manière d'édu- 
quer & d'inftruire. .Mais le gros de l'(kiucation & de l'enfeigne» 



( '4) 
ment refte le même , & fout le monde convient qu'il n'eft pas 
porte au point de perfection dont il cft fufceptible , & qui pro- 
duiroit les ayant ges les plus précieux, & pour la nation «Se 
pour les parti uliers. 

Travailler à v réunir, c'eft répondre immédiatement aux vœux 

dcr.o r commettans, qui regardent une bonne éducation comme le 
moyen le plus propre à contribuer au bien 8c a l,i gloire de la 
République y c'eft vivifier lus travaux de la Convention natio- 
nale , qui ne peuvent être ut'lcs , g'jàs ne l'ont fécondes par une 
bonne éducation j c'eft le moyen d'acquitter tant de fondations, 
tant de legs pieux , qui font des dettes publiques , & q':i doi- 
vent toutes tendre au bien de la foefetc y c'eft contribuer au 
bien de la pairie dans le point le plus e Sentie! à Ton bonheur. 

Nous l'avons dit , la meilleure éducation eir le fondement des 
états les plus ÔocilTans & les plus heureux. Puilfent ces grandi 
motifs toucher auiîi virement mes collègues qu'ils me tou;hent 
moi-même ! 

L'objet d'un plan d'éducation elt d'embrafTei tous 'es états 2c 
tous les fexes j de former tous les individus aux vertus , au pa- 
triotifme , aux arts & aux feiences. Projet vafte & de h plus 
grande utilité! Tout ne-us invite à nous occuper de le remplir 
inceffunment. Déjà notre collègue Condorcet nous a préfenté un 
rapport fur l'organifation générale dé Pùlftr'ûc'tron publique ; refre 
à nous propô&r un plan d'éducation phynque & morale; un 
cours d'înftruftiên qui entre dan; le détail des moyens de rendre 
Vctudc des fcicnccs plus fruclueufe , plus facile & moins co.:- 
teufe 5 des plans raifonr.es de tous les livres né ce flaires àl'inf- 
tructioîl ; enfin ces livres mêmes adaptés w circonstances 8c à 
la portée des élevés. Redemande qu'il Fait d^ réti fe enaque 
dc-p;'( pourra , à commencer âès aujourd'hui, rimer 

aux frais de la nation tes oun rag< > quil à fut cet objet Important, 



( M ) 
afin qu'on puifle les examiner à loifîr, & adopter ceux qui pa- 
roîtront les meilleurs. L'objet eft trop important pour que l'af- 
femblée puifle s'en rapporter à d'autres juges qu'à elle-même , 
qui eft fpécialcment chargée de pofer les bafes de la félicite 
publique. 



A PARIS, DL L'IMPRIMERIE NATIONALE. 



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